Personnages illustres


Guillaume le Conquérant et Valognes (XIe siècle)

L’une des toutes premières mentions historiques de Valognes (Valloniis) apparaît dans une charte du 20 avril 1042, qui recense plusieurs donations faites par le duc Guillaume, le futur Conquérant de l’Angleterre, au profit des moines bénédictins de Cerisy-la-Forêt. L’héritier du duché de Normandie était alors un très jeune garçon, âgé de seulement quinze ans. S’intitulant à la fois « comte » et « duc des normands », il affirmait ainsi de façon neuve son autorité sur le Cotentin.

Ce territoire, éloigné de Rouen, était demeuré antérieurement peu contrôlé par le pouvoir ducal. Il n’est pas improbable que ce genre d’initiative ait en revanche été mal accueillie par les grands seigneurs de la région. Ne voyaient-ils pas leur propre emprise remise en question, par un gamin à peine pubère, et bâtard de surcroît ? Cela aura probablement contribué à mobiliser la noblesse locale au sein du mouvement de révolte parti vers l’an 1046 de l’ouest de la province, dirigé dans notre secteur par Néel de Saint-Sauveur, vicomte du Cotentin. Chacun a gardé en mémoire le célèbre épisode nocturne survenu à Valognes, lorsqu’un fou nommé Golet vint précipitamment alerter le jeune duc, dormant dans le manoir ducal, de la conjuration des barons révoltés. On se souvient des lignes du poète Wace relatant la fuite éperdue de Guillaume, vêtu seulement d’une chemise, fonçant à bride abattue à travers le passage du grand Vey pour échapper à ses poursuivants. La bataille qui fit suite, en donnant la victoire au duc, assure à ce dernier le contrôle complet du territoire. Au cours des années qui suivent il peut ainsi redistribuer les terres du Cotentin au profit de ses fidèles, encourager la fondation de nouveaux châteaux, de bourgs et d’abbayes.

Après la conquête anglaise de 1066, le Cotentin voit affluer de nouvelles richesses et connaît un essor sans précédent. Valognes s’impose comme principal relais routier vers les ports de Barfleur et de Cherbourg et devient ainsi une importante résidence ducale. On y trouve désormais le centre d’administration des grands domaines forestiers de la presqu’île, un lieu d’exercice de la justice, où l’évêque de Coutances implante aussi sa propre résidence. Pour Valognes comme pour le reste de la Normandie, le règne de Guillaume marque une période fondatrice, qui correspond sans doute à celle de son plus grand essor.


Louis de Bourbon, seigneur de Valognes (XVe siècle)

Fils bâtard du duc Charles de Bourbon, Louis de Bourbon devient seigneur de Valognes après son mariage, en 1465, avec Jeanne de France, fille naturelle du roi Louis XI. Officier fidèle et vaillant militaire, il est promu en 1466 au rang d’Amiral de France. Il parvient en 1468 à pacifier la Normandie, en battant les troupes coalisées du duc de Berry et du duc de Bretagne, lors de la guerre dite « du Bien Public ». Louis XI lui octroie en récompense l’un des premiers colliers de l’Ordre de Saint-Michel, institué au Mont-Saint-Michel en août 1469.

Diplomate actif, il intervient pour le roi dans les affaires d’Angleterre, des Flandres et de Bourgogne. C’est à ce titre qu’il héberge à Valognes, durant l’été 1470, le comte de Warwick, le célèbre « faiseur de Rois » de la guerre des Deux Roses, ainsi que le duc de Clarence et sa nombreuse suite. L’Amiral de Bourbon a visiblement développé un attachement particulier pour le Cotentin. On le voit s’efforcer d’y acquérir de nouveaux domaines et initier le développement du port de Saint-Vaast, en y défendant le premier projet raisonné de mise en défense du havre et de la ville. A Valognes, où il possède sa principale demeure, il contribue à la modernisation des défenses du château et il soutient par ses donations l’établissement d’un couvent de frères cordeliers.

Le fait que Louis de Bourbon ait choisi, après sa mort survenue en 1487, de se faire inhumer chez les cordeliers de Valognes confirme bien son attachement pour la ville. Malheureusement endommagé par les Huguenots en 1562, puis démoli à la Révolution, son tombeau ne nous est plus connu aujourd’hui que par un unique dessin du XVIIe siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de France.


Étienne Troude (XVIe siècle)

Etienne Troude est un obscur bourgeois de Valognes ayant vécu dans la seconde moitié du XVIe siècle. Marchand spécialisé dans le commerce des tissus de luxe, il tenait boutique en centre-ville et comptait parmi ses clients Gilles de Gouberville, seigneur du Mesnil-au-Val, auteur d’un célèbre Journal de raison couvrant les années 1549 à 1563. Son nom mérite pourtant d’être retenu pour la postérité, en raison de la bravoure et de l’humanisme dont il fit preuve lors des guerres de religion : le soir du 7 juin 1562, une émotion populaire animée par des prêtres et des officiers papistes avait conduit de fervents catholiques à pourchasser pour les assassiner les protestants rassemblés en ville. Bien qu’il fut lui-même catholique, Etienne Troude s’empressa d’ouvrir sa porte aux fuyards, et grâce à lui, dix-huit personnes, tant hommes que femmes, furent épargnés.

Le marchand Etienne Troude fut en son temps un « juste« , au même titre que ces autres français qui, sous le régime de Vichy, s’efforcèrent au péril de leur vie de cacher des juifs menacés de déportation. Depuis le lointain passé de son existence oubliée, il nous offre le modèle d’un esprit fort, ne cédant ni au « courroux » ni à « l’esmotion populayre » de ses contemporains.


Pierre Mangon du Houguet, vicomte de Valognes

Pierre Mangon du Houguet (1632-1705), né à Réville d’une famille de la petite noblesse rurale, parvint en 1655 à acquérir par finance l’office de vicomte de Valognes et de « capitaine du plat-pays ». Figure en vue de la société locale, il deviendra aussi conseiller du roi en l’amirauté, sénéchal royal et trésorier de la paroisse Saint-Malo. Tombé en disgrâce et condamné à l’exil pour malversations, il disparaît de la ville entre 1680 et 1689, mais récupère ensuite sa position et son titre. Bienfaiteur du couvent des frères cordeliers et de l’hôpital royal, c’est aussi lui qui finance, en 1697, la construction du pont de l’Hôtel-Dieu.

Mais la postérité de Mangon du Houguet tient surtout à son activité érudite. On conserve de sa main une vingtaine de manuscrits, contenant des travaux sur les paroisses et sur les fiefs du Cotentin, rassemblant aussi ses recherches sur les antiquités romaines d’Alauna et ses relevés d’inscriptions funéraires. En tant qu’acteur de l’essor des sciences historiques dans la Normandie du « Grand Siècle », Pierre Mangon du Houguet fut un digne prédécesseur des grands érudits valognais du XIXe siècle, Charles de Gerville (1769-1853) et Léopold Delisle (1826-1910).


Guillaume Mauquet de la Motte (1655-1737)

Guillaume Mauquet de la Motte est né le 27 décembre 1655 à Valognes, dans une maison devenue ensuite « l’Octroi des Cinq chemins ». Issu d’une famille modeste de Saint-Germain-de-Tournebut, il débute sa carrière dans les armées du roi, en tant que « garçon chirurgien » d’un régiment de dragons. Remarqué pour ses compétences médicales, il devient ensuite chirurgien externe à l’Hôtel-Dieu de Paris, avant de revenir en 1683 s’établir dans sa ville natale. Chirurgien en titre des Forts, redoutes et retranchements côtiers, il est chargé en 1692 de soigner les blessés de la flotte de Tourville, défaite lors de la bataille de la Hougue.

Exerçant auprès de la noblesse fortunée comme chez les plus pauvres ouvriers, il se nourrit de sa pratique quotidienne pour rédiger en 1721 un important « Traité complet sur les accouchements naturels, non naturels et contre nature », qui le qualifie parmi les principaux fondateurs de l’obstétrique moderne. En 1722 il publie également un « Traité complet de chirurgie », ouvrage précédé d’une profession de foi qui définit parfaitement l’humaniste exemplaire de ce médecin du Siècle des Lumières  : « Ce n’est pas assez que de savoir travailler et de ne rien faire sans réflexion, il faut encore que le chirurgien ait une belle âme et le cœur bien placé, sans jamais rien exiger tyranniquement des blessés qu’il aura guéris, sous quelque prétexte que ce soit, mais il doit être doux et honnête, affable et surtout charitable comme j’ai toujours tâché de l’être, ce dont je rends grâce au Seigneur qui m’a fait celle de servir les pauvres sans jamais refuser mon secours à aucun ni d’avoir prolongé le traitement d’une plaie pour en tirer un lucre sordide ».

Après plus de cinquante années d’exercice, il décède à Valognes en 1737.


Jean-Gabriel Legendre, architecte et ingénieur au siècle des Lumières

Fils de l’architecte valognais Nicolas Legendre, Jean-Gabriel Legendre est né à Valognes le 30 décembre 1714. Formé à l’école du corps des ingénieurs du roi, il est d’abord sous-ingénieur à Tours, puis est nommé en 1744 ingénieur de la Généralité de Châlons. On lui doit en particulier la construction de l’Hôtel de l’Intendance de Champagne ainsi que le projet de place Royale de la ville de Reims, présenté à Trudaine en 1754. Correspondant de Caylus, il fut l’un des précurseurs de l’archéologie française. Nommé en 1763 « Inspecteur général des ponts et chaussées et des ports de notre Royaume », il est reçu en 1767 parmi les Chevaliers de l’ordre de Saint-Michel. Il avait épousé en 1749 Marie Charlotte Volland, sœur de Sophie, qui fut l’amante et la correspondante de Diderot : « sans doute un moment maîtresse de Diderot, elle était enchanteresse et un peu farouche, ce qui lui valait les surnoms évocateurs de Circé ou d’Uranie, allusion à son goût prononcé pour les amours saphiques ».

A Valognes, il avait souhaité créer une grande place royale, proche par son tracé, de celle qu’il avait réalisée pour la ville de Reims. Ce projet, qui intégrait une statue en pied du roi Louis XV, malheureusement jugé trop ambitieux par les édiles valognais, ne sera jamais réalisé. Jean-Gabriel Legendre meurt à Caen le 14 août 1770, alors qu’il était en route pour rejoindre sa ville natale.


Anthénor-Louis Hue de Caligny (1716-1772)

Anthénor-Louis Hue de Caligny, fils de Louis-Roland Hue de Caligny (1677-1748), était issu d’une célèbre famille d’ingénieurs militaires de la région de Caen. Lui-même reçu en 1734 dans le corps du génie, il est bientôt nommé ingénieur en chef des fortifications de la Hougue. Il vient alors s’établir à Valognes, où il épouse, en 1745, Bonne-Julie Morel de Courcy, fille d’Adrien Morel de Courcy, gouverneur de la ville. Il réside dans l’hôtel de son beau-père (Hôtel dit de Grandval-Caligny), dont il hérite en 1752 et qu’il augmente d’un nouveau pavillon, d’écuries et de remises. Homme lettré, il soutient à Paris la carrière du valognais Bon-Joseph Dacier et sa réception à l’Académie des Inscriptions et Belles lettres. Il décède à Valognes le 3 avril 1772.


Bon-Joseph Dacier (1742-1833)

Portrait de Bon Joseph DacierNé à Valognes d’un père coutelier, Bon-Joseph Dacier effectue ses études à Valognes puis à Paris, au collège d’Harcourt. Traducteur du grec ancien, il bénéficie de la protection d’Anthénor-Louis Hue de Caligny et est reçu en 1772 membre de l’Académie des Inscriptions et Belles lettres. Nommé à la Révolution membre du corps municipal de Paris, il refuse le poste de ministre des finances proposé par Louis XVI. En 1800 il devient administrateur du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Décoré de la légion d’honneur en 1804, chevalier d’Empire en 1810, membre de l’ordre de Saint-Michel en 1819, il est élu à l’Académie nationale en 1823.


Jean-Thomas Gallis, sieur de Mesnilgrand,

Né en 1743, bachelier en droit et avocat au parlement, conseiller du roi puis procureur de Valognes, Jean-Thomas Gallis fut maire de Valognes sous la Restauration (1813-1815). Il rallie en 1789 les idées de la Révolution et rachète une partie des biens confisqués à la maison de Colbert. Il était le frère de Dom François Gallis de Mesnilgrand, prieur de Saint-Etienne de Caen, auteur d’une « Oraison funèbre de Louis le bien aimé, XVe du nom » (1775). Jean-Thomas Gallis de Mesnilgrand aurait servi de modèle à l’écrivain Jules Barbey d’Aurevilly pour le héros de sa nouvelle « A un Dîner d’athées ».


Félix Vicq d’Azyr (1748-1794)

Félix Vicq d’Azyr est né à Valognes en 1748, d’un père médecin, dans une ville alors réputée pour la qualité de ses praticiens. Poussé à étudier la médecine (il aurait préféré le séminaire), il rejoint en 1756 la ville de Paris, où il se spécialise dans l’étude de l’anatomie comparée. En 1773 il commence à enseigner cette discipline innovante, et devient le contributeur en ce domaine de l’Encyclopédie. En 1775 il est envoyé dans le Midi de la France pour combattre une épidémie d’épizootie et développe des connaissances neuves en matière de propagation des maladies contagieuses. Membre depuis 1774 de l’Académie des Sciences et de la faculté de médecine de Paris, il est nommé à son retour secrétaire perpétuel de la Société royale de Médecine. Il livre alors plusieurs publications remarquées, touchant aussi bien au cri des animaux sauvages, à l’incubation des œufs ou aux testicules des canards, qu’à la locomotion humaine. Il devient également professeur d’anatomie comparée à l’École royale vétérinaire d’Alfort, et surintendant des épidémies.

Ses études postérieures sur le cerveau humain ont marqué un jalon déterminant de l’évolution des sciences. En tant qu’épidémiologiste, il milite en faveur de l’éloignement des cimetières hors des centres urbains, une politique sanitaire qui fut rapidement mise en œuvre par l’ordonnance royale du 10 mars 1776. Loué pour la qualité littéraire de ses écrits, il est reçu en 1788 parmi les membres de l’Académie française, sur le fauteuil laissé vacant par la mort de Buffon. Encore actif durant les premières années de la Révolution, il devient alors le médecin particulier et le confident de la reine Marie-Antoinette. Durant la Terreur, après les massacres de septembre 1793, il se réfugie à Valognes mais rejoint rapidement Paris après la mort du roi. Profondément affecté par la violence des évènements, il y trouve la mort le 20 juin 1794.


Jean-Louis François Pontas-du-Méril

Jean-Louis Pontas du Méril est né à Cherbourg le 1er mars 1753. Médecin (diplômé à Caen en 1775), voltairien et fortuné, il figure à la fin du XVIIIe siècle parmi les membres de la loge maçonnique « L’Union militaire » fondée à Valognes le 31 décembre 1786. Échevin de la ville, il devient officier municipal en 1789 et sera sous la Révolution le premier président de la société locale des Amis de la Constitution. Élu à la tête du district en 1790, conseiller général en 1792, il est toutefois inquiété sous la Terreur et, tout en restant caché à Valognes, se fait passer pour émigré. Acquéreur de biens d’églises, il fut maire de Valognes de 1807 à 1813 et de 1817 à 1826. Jean-Louis Pontas du Méril était, de par son mariage avec l’une des filles du bailli Ango, l’oncle de Jules Barbey d’Aurevilly, qu’il hébergea adolescent dans sa demeure valognaise de la rue de l’église (Hôtel Pontas-Duméril).

La forte personnalité de cet « esprit hardi et vigoureux » aurait inspiré à l’écrivain la figure du docteur Torty de sa nouvelle Le Bonheur dans le Crime. L’esprit du jeune Jules Barbey s’éveille aussi au contact de ses cousins, les enfants du docteur du Méril. Tandis qu’Edelestand (1801-1871), paléographe, auteur de travaux précurseurs sur la langue noroise et le patois normand, lui a « ouvert le cerveau et y a fait tomber les premières pensées », sa cousine Ernestine (1803-1832) lui inspira ses premiers émois amoureux à l’âge de treize ans.

Jean-Louis Pontas du Méril décède à Valognes le 26 mars 1826, à l’âge de 73 ans


Charles Du Hérissier de Gerville (1769-1853)

Charles de Gerville, assis dans un fauteuil lisant un livreNé le 19 septembre 1769 à Gerville-la-Forêt dans une famille de la vieille noblesse cotentine, Gerville émigre en 1792 pour rejoindre les armées du duc de Bourbon. Rapidement démobilisé, il se lie en Angleterre avec plusieurs savants et s’initie auprès d’eux aux sciences naturelles et à l’archéologie. Revenu en Normandie en 1801, il s’établit à Valognes en 1811 et entreprend alors de vastes recherches sur la géologie, la faune et la flore, sur les antiquités romaines et les monuments du Moyen-âge. Menant d’incessantes excursions dans le département de la Manche, il en étudie les églises et les châteaux et fonde sur ce terrain les premières bases méthodologiques de la science archéologique française. Maître du jeune Léopold Delisle, ami et correspondant d’Arcisse de Caumont, il contribue à l’essor des sociétés savantes et diffuse largement par leur intermédiaire le fruit de ses recherches. On suit en particulier à travers ses écrits la formation, puis la diffusion, du qualificatif d’art « roman« , terme devenu universel pour désigner les créations artistiques et littéraires des XIe et XIIe siècles de l’Europe occidentale.

À Valognes, il contribue à l’enrichissement des collections de la Bibliothèque municipale en organisant le dépôt de pièces d’archéologie, dont le célèbre autel mérovingien du Ham. Bien que reconnu de son vivant, et récompensé sous la Restauration de plusieurs distinctions, sa susceptibilité et son tempérament acariâtre l’isolent sur le tard des réseaux savants qu’il avait contribué à développer. Pratiquement aveugle, il meurt à Valognes en 1853, âgé de 83 ans. Bien qu’entachés parfois d’erreurs ou d’inexactitudes, les travaux de Charles de Gerville continuent d’alimenter utilement la recherche historique et l’archéologie contemporaines. Sa méthode, qui croise aussi bien l’étude de terrain, le repérage cartographique, les relevés d’élévation, l’enquête orale et l’approche toponymiques n’a jamais été invalidée.


Alexis de Tocqueville (1805-1859)

Portrait d'Alexis de TocquevilleNé à Paris en 1805 de l’union d’Hervé et Louise de Tocqueville, Alexis de Tocqueville est issu d’une famille d’aristocrates légitimistes du Cotentin. Son père fut maire de Verneuil sous l’Empire, puis préfet de Charles X et pair de France. Après des études de droit, le jeune Alexis est nommé juge auditeur au tribunal de Versailles. Il prête à ce titre serment à Louis Philippe, en 1830, et suscite ainsi la désapprobation familiale. En 1831-1832 il effectue un voyage en Amérique et publie à son retour plusieurs essais remarqués, qui lui permettent de se faire un nom (Du Système pénitentiaire aux États-Unis, De la Démocratie en Amérique, Du paupérisme …).

C’est en 1836 que le « comte de Tocqueville » décide de venir s’établir en Cotentin, dans le château de ses ancêtres. Sa candidature aux élections législatives de 1837 se solde par un échec mais il parvient en 1839 à être élu député de la circonscription de Valognes. Il sera ensuite réélu à ce poste jusqu’en 1852. En 1842, il obtient aussi le mandat de conseiller général de la circonscription de Montebourg, puis est élu en 1849, Président du Conseil Général de la Manche. Rallié à la République en 1848, il participe à la rédaction de sa constitution et en devient, l’année suivante, le ministre des Affaires Étrangères. En 1851, il s’oppose au coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte, est brièvement incarcéré, puis se retire de ses fonctions politiques pour ne pas avoir à prêter serment au nouveau régime.

De l’action politique de Tocqueville dans son département, deux dossiers principaux sont à retenir : la politique sociale en faveur des enfants abandonnés et des mères isolées, et la création de la ligne de chemin de fer Paris-Cherbourg. Alexis de Tocqueville meurt à Cannes le 16 avril 1859.


Jules-Amédée Barbey d’Aurevilly (1808-1889)

Jules-Amédée Barbey d’Aurevilly voit le jour à Saint-Sauveur-le-Vicomte et passe son enfance dans la maison familiale, emmagasinant souvenirs, récits, légendes qui nourriront son imaginaire.

Après un séjour à Valognes puis à Paris, il poursuit ses études à Caen, ville de son grand amour interdit avec Louise du Méril, épouse de son cousin. Cette liaison jugée inacceptable le pousse à partir pour Paris en 1833 ; il s’éloigne de sa famille jusqu’en 1856. Désormais il vit en écrivant des articles de critique littéraire ou artistique pour de multiples journaux. Sa verve caustique et son caractère intransigeant lui attirent de nombreuses inimitiés et quelques amis fidèles et éblouis. Il écrit aussi des poèmes, des nouvelles et des romans, mais la gloire littéraire ne viendra que fort tard. Homme aux multiples facettes, il apparaît tantôt comme un dandy suranné, tantôt comme un bohème désargenté, toujours comme un mondain au verbe étincelant.

Entre 1851 et 1874 paraissent ses œuvres majeures : Une vieille maîtresse (1851), L’Ensorcelée (1854), Le Chevalier des Touches (1864), Un prêtre marié (1865), Les Diaboliques (1874). À la suite de la publication de ce dernier livre, il doit faire face à des poursuites pour amoralité.

À partir de 1872, Barbey loue à Valognes un appartement dans l’hôtel Grandval-Caligny. Il y revient tous les ans jusqu’en 1887. À 74 ans, il publie Une histoire sans nom. Son dernier écrit, Une page d’histoire, évoque une passion incestueuse, thème récurrent dans l’ensemble de son œuvre. Il s’éteint le 23 avril 1889, entouré d’écrivains et de sa secrétaire, Louise Read. Son panache et son style flamboyant lui ont valu le titre de « Connétable des lettres ».


Léopold Delisle (Valognes, 1826 – Chantilly, 1910)

Portrait de Léopold DELISLELéopold Delisle est né le 24 octobre 1826 à Valognes, d’un père chirurgien. Durant ses brillantes études au collège de la ville, il s’initie auprès de Charles de Gerville et de l’Abbé Tollemer à la lecture des anciens manuscrits. Il entre en 1845 à l’École des Chartes, dont il sort diplômé en 1849. Il est nommé en 1852 bibliothécaire du cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, puis, gravissant peu à peu les échelons, accède au titre de Conservateur des manuscrits, puis d’Administrateur général de la Bibliothèque nationale de France (1874). Membre de l’Institut, de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et de plusieurs autres sociétés savantes, il fut honoré de son vivant de nombreux prix.

Spécialiste de la paléographie, très attaché à sa province natale, il publie au cours de sa carrière de nombreuses études portant sur la Normandie médiévale, sur le Cotentin et sur la ville de Valognes. C’est à Valognes qu’il épouse le 10 juin 1857 Laure Burnouf (+1905), fille du savant orientaliste Eugène Burnouf, elle-même une intellectuelle compétente et érudite. Brutalement licencié par le gouvernement en 1905, Léopold Delisle obtient, par défaut, le titre administrateur du château de Chantilly, où il vient résider et trouve la mort le 23 juillet 1910. Les travaux historiques de Léopold Delisle n’ont jamais été dépassés. Ils restent aujourd’hui encore des références incontournables.


Félix Buhot (1847-1898)

Né en 1847 à Valognes, orphelin de père à l’âge de deux ans et de mère à sept, Félix Buhot est recueilli et éduqué par une vieille amie de sa famille, Caroline Pasquier, qu’il surnomme « Pommée ». Tout au long de sa vie, Félix Buhot revient régulièrement à Valognes où il peint, dessine et réalise de nombreuses eaux-fortes. En 1872, par l’intermédiaire du violoniste Armand Royer, il y fait la connaissance de Jules Barbey d’Aurevilly, dont il illustre ensuite plusieurs romans (Une Vieille maîtresse, L’Ensorcelée, Le Chevalier Des Touches). En 1887, à la mort de sa mère adoptive, la maison d’enfance est vendue et Félix Buhot préfère, par dépit, s’éloigner de Valognes. En 1889, il s’implante à Dinard, où il peint de nombreuses marines et scènes de plage. Il tente ensuite de revenir s’établir dans sa ville natale mais finit par rejoindre Paris, où il trouve la mort le 26 avril 1898.

Bien qu’il se considéra avant tout comme un peintre, Félix Buhot est surtout passé à la postérité pour son œuvre gravé. Il est reconnu en France parmi les meilleurs artistes de sa génération et ses œuvres sont particulièrement recherchées aux États-Unis. La ville de Valognes, où Buhot avait souhaité créer un musée des Beaux-arts, possède plusieurs portraits et œuvres de l’artiste, dont une importante huile sur toile intitulée « Le Couvre Feu« . Orsay et le musée de Beaux-arts de Cherbourg ont également constitué de riches collections de gravures, dessins, aquarelles, huiles et pastels de Félix Buhot.


Gustave Le Rouge (1867-1938)

Gustave Lerouge est né à Valognes le 23 juillet 1867. Journaliste et écrivain, il publia de son vivant plusieurs romans fantastiques, qui comptent parmi les textes fondateurs de la science-fiction contemporaine. Au nombre de ces écrits, figurent des titres tels que « La Reine des éléphants », « Le Mystérieux docteur Cornélius » ou « Le Prisonnier de la planète Mars ». Ami intime de Paul Verlaine, Gustave Lerouge était un auteur politisé, anarchiste et farouchement anti-capitaliste. Il est mort à Paris le 24 février 1938.


Emile Sevestre (1876-1952)

Émile Frédéric Jean Alexandre Sevestre est né à Carquebut le 14 octobre 1876 de parents cultivateurs. Il effectue ses études au Collège diocésain de Valognes, où il reçoit le prix d’honneur de la dissertation de philosophie et le prix d’honneur de l’enseignement religieux. Ordonné prêtre le 29 juin 1899, il sera successivement vicaire de Saint-Sauveur-Lendelin, missionnaire à Notre-Dame sur Vire, vicaire de Saint-Nicolas de Coutances, professeur au petit séminaire et au collège de Valognes,  puis vicaire de Sainte-Croix de Saint-Lô. Licencié des Lettres, il enseigne également à l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Il soutient au début des années 1920 une thèse sur « L’acceptation de la constitution civile du clergé en Normandie » et consacre l’essentiel de ses recherches à l’histoire religieuse de la Normandie durant la révolution française. Il produisit aussi un essai sur « Les sources du Chevalier des Touches de Jules Barbey d’Aurevilly » et plusieurs monographies communales (Carquebut, Tourlaville, Valognes). Il résidait à Valognes dans les années d’avant-guerre (on lui trouve pour adresse en 1932 : la « villa du pont Secouret »). Il se retire ensuite à Carquebut, où il meurt le 18 avril 1952.

Émile Sevestre a laissé cette phrase touchante: « Mes ouvrages ont été pendant ma vie mes meilleures consolations et mes avocats les plus éloquents. Ils m’ont fait oublier les mesquineries et les tristesses de la vie. Ils m’ont vengé des attaques injustement dirigées contre ma personne. À ma mort et après ma mort, ils ne m’abandonneront pas. C’est le seul cortège que je souhaite. »


Louis Alix–   1909-1984 (Sculpteur)

Louis ALIX est né en 1909 à Valognes, rue Saint-Malo. Il était le quatrième d’une famille de cinq enfants. A la sortie de l’école primaire, il entre comme apprenti chez le serrurier Desmares, rue des religieuses. Cultivant un goût particulier pour les arts plastiques, il se rend à Paris pour suivre les cours de l’école supérieure de dessin de la rue Montparnasse. Il intègre l’atelier du sculpteur Georges Achard, où il côtoie Antoine Bourdelle, Paul Belmondo ainsi que l’italien, Alfredo Pina. Au Salon d’Hiver de 1936, il reçoit le prix du « Lauréat de la ville de Paris ». Il s’installe rue de la Convention, dans l’atelier du peintre Maurice Utrillo mais, en 1940 sa carrière est interrompue par l’invasion allemande. Il reprend alors son métier de serrurier et intègre le réseau de résistance « Les Ardents » de Roger Lazard. Le 2 janvier 1942, un entrefilet paru dans « Le Journal de Valognes » annonçait l’enlèvement de son buste de Barbey d’Aurevilly, destiné à la fonte.

Après la libération, il réalise à Valognes quelques commandes privées mais choisit en 1954 de partir pour l’Amérique Latine. Il s’installe alors à Montevideo où il exécute un buste de Mermoz destiné à l’aéroport de Carracasco (Uruguay)  ainsi que des statues inspirées de son Cotentin natal. Il revient en France en 1964 mais ne rejoint Valognes qu’en 1979, où il passe les cinq dernières années de sa vie.


Henri CORNAT (1903-1968)

Henri Cornat, par Godefroy

Henri Cornat, par Godefroy

Né le 14 février 1903 à Lunéville en Lorraine, Henri Cornat fait ses études au collège puis à l’Institut Électrotechnique de Nancy. Jeune diplômé, il vient s’établir à Valognes en 1927, suite à sa nomination à la direction de la Société d’Électricité du Cotentin. Ancien engagé volontaire dans l’armée de l’air, il est mobilisé en septembre 1939 comme lieutenant d’aviation, puis démobilisé le 31 juillet 1940, après la débâcle de l’armée française. En 1941, suite à la démission d’Auguste Poutas-Larue, il est nommé maire de Valognes par le gouvernement de Vichy.

Tout en suivant les injonctions des occupants, il s’efforce d’aider au mieux ses concitoyens et mène dans le même temps des opérations clandestines pour la Résistance. Sa connaissance de la langue allemande lui aurait permis, durant ces années d’occupation, « de sauver bien des vies » (E. Ingouf).  Lors des bombardements de la Libération, Henri Cornat est constamment présent auprès de la population ; il se signale au cœur de la tourmente par son courage dans le soutien apporté aux sinistrés.

Il démissionne à la Libération mais – sans même faire acte de candidature – est élu conseiller municipal quelques mois plus tard, et redevient maire en 1953. Il sera à ce titre l’un des principaux acteurs de la reconstruction de la ville, largement détruite par les bombardements alliés de juin 1944. En septembre 1945, il est élu Conseiller général du département de la Manche, et devient Président du Conseil général deux ans plus tard. En décembre 1952 (puis en 1955, 1959 et 1965) il obtient également un mandat de Sénateur.

Henri Cornat est honoré de la croix de guerre avec étoile d’argent pour son rôle en tant qu' »officier de renseignement de première valeur » et pour avoir fourni aux alliés des informations sur les implantations militaires allemandes de la presqu’île. Il reçoit en outre, en 1948, les insignes de Chevalier de la légion d’Honneur pour faits de résistance. Henri Cornat meurt à Valognes le 16 juin 1968.